1) PFAS : comprendre la menace
Régis Taisne a rappelé la nature des PFAS : une famille de molécules caractérisées par une liaison carbone–fluor très résistante à la dégradation.
Pour celles qui ont été bien étudiées parmi les centaines existantes, des effets cancérogènes et toxico‑reproductifs ont été démontrés. C’est un vrai problème environnemental et sanitaire.
Leur usage massif (textiles, ustensiles de cuisine, mousses anti‑incendie, etc.) explique leur omniprésence et les difficultés de traitement. La résilience chimique des PFAS impose des réponses graduées : réduction à la source, surveillance renforcée, traitements ciblés (ex. charbon actif), contentieux et évolution des normes.
2) Des réalités contrastées dans les territoires
2.1 Métropole de Lyon : une stratégie structurée
Anne Grosperrin a décrit la découverte, en 2022, d’une pollution majeure aux PFAS (vallée de la chimie – Pierre‑Bénite), et l’ampleur de la mobilisation nécessaire :
Nous avons une ingénierie intégrée, des équipes d’experts et un réseau d’acteurs scientifiques. Nous n’avons pas du tout les mêmes moyens d’action que les petites communes aujourd’hui impactées.
Malgré ces moyens, l’inertie du cadre réglementaire et la lenteur institutionnelle ont freiné l’action, soulignant l’inégalité des territoires face à la pollution.
La stratégie lyonnaise face aux PFAS
✔ D’abord, la mobilisation de la recherche scientifique, avec des études d’impact environnemental et d’impact sanitaire, menées en partenariat avec des instituts reconnus (CNRS, centre Léon-Bérard, Institut écocitoyen…).
✔ Ensuite, la mise en œuvre de solutions curatives pour rétablir la conformité de l’eau et protéger les usagers, tout en assurant une information transparente.
✔ Enfin, la Métropole a engagé un référé expertise devant le juge pour établir les responsabilités des industriels et défendre le principe pollueur-payeur.
Cette stratégie, qui s’appuie sur la mobilisation conjointe des élus, des citoyens, des scientifiques et des médias, constitue un modèle d’action collective et de plaidoyer pour une évolution des normes à l’échelle nationale et européenne.
2.2 Malandry (Ardennes) : le choc, l’angoisse et l’absence d’appui
Annick Dufils a livré un témoignage fort, qui a marqué le public. Dans cette petite commune rurale (81 habitants), l’annonce d’une contamination aux PFAS a bouleversé le quotidien :
Le ciel nous est tombé sur la tête. […] À Malandry, le taux est de cinq fois la norme autorisée. Chez mon collègue voisin, c’est vingt‑sept fois le taux autorisé. L’impact sur la population est considérable, d’abord sur la santé mentale.
Sans soutien réel, la commune a dû organiser elle‑même l’accès à l’eau de boisson (2 L/jour/habitant, indemnisés), répondre à l’angoisse (ex. jeunes refusant de se doucher), et financer des analyses sanguines, non prises en charge. L’émotion suscitée par ce témoignage tient aussi au sentiment d’abandon :
Nous sommes des communes ignorées, des petites communes rurales. […] Parfois, j’ai l’impression d’être dans un monde parallèle dans la ruralité.
Témoignage d’Annick Dufils (Malandry) – La voix des petites communes face à la crise
2.3 Lunel Agglo (Hérault) : réagir vite, tenir dans la durée
Jérôme Boisson a présenté une gestion de crise rapide et coordonnée, appuyée par le préfet, l’ARS, l’Agence de l’eau et les opérateurs (Veolia, Suez). Des filtres à charbon ont été installés, rendant l’eau conforme en quelques semaines.
« Le système fonctionne, mais la question est celle de sa pérennité. […] Comment tenir sans augmenter le prix de l’eau, sachant que les citoyens subiraient alors une double peine ? »
Cette expérience illustre l’importance de l’alignement institutionnel et du financement pour passer de l’urgence à la sécurisation durable.
La gestion de crise à Lunel Agglo – Réactivité, coordination et vigilance
3) Responsabilités et principe pollueur‑payeur
Régis Taisne a mis des mots sur un malaise largement ressenti par les élus :
Une entreprise pollue […], et à la fin la collectivité gérant le service public de l’eau est tenue responsable. […] Il y a donc une inversion complète de responsabilité.
En clair : la cause est amont (industrielle ou économique), mais la charge est aval (collectivités et usagers). Or, sans clarification des responsabilités ni mise en œuvre effective du principe pollueur‑payeur, la dépollution pèse sur les territoires.
Le témoignage d’Annick Dufils l’illustre avec force : distribution d’eau, information au fil de l’eau, analyses sanguines non prises en charge, isolement institutionnel. La commune prépare une plainte contre X (mise en danger de la vie d’autrui, empoisonnement, infraction environnementale).
On nous dit que c’est à nous d’endosser la responsabilité de cette pollution et de trouver des solutions.
À Lyon, la Métropole a engagé un référé expertise afin d’établir les responsabilités et ouvrir la voie à d’autres territoires.
Mobilisation associative et dimension européenne
4) Le rôle clé de l’intercommunalité
En conclusion de la table ronde, Jérôme Baloge a défendu la coopération intercommunale comme levier de sécurisation des volumes, de la qualité et du prix de l’eau :
La diversification des captages est importante […] Ceci n’est possible que grâce à la mutualisation des moyens. […] Nous avons besoin de coopérer sur ces sujets, parfois même au‑delà de l’intercommunalité, pour relever les défis colossaux liés à la qualité de l’eau et à la santé de nos populations.📢Dans la presse :
Sylvie Luneau (La Gazette des communes 16 octobre 2025)Alors que se profile, au 1er janvier prochain, la nouvelle réglementation concernant les PFAS dans l’eau potable, le 24ᵉ colloque de l’Observatoire de la SMACL portait justement sur l’eau, et en particulier sur ses pollutions. Malandry, Lunel et la métropole de Lyon sont venus partager leurs expériences et se soutenir dans la lutte qui s’engage."








