Le principe
En principe toute occupation privative du domaine public suppose le paiement d’une redevance :
Toute occupation ou utilisation du domaine public d’une personne publique mentionnée à l’article L. 1 donne lieu au paiement d’une redevance sauf lorsque l’occupation ou l’utilisation concerne l’installation par l’Etat des équipements visant à améliorer la sécurité routière ou nécessaires à la liquidation et au constat des irrégularités de paiement de toute taxe perçue au titre de l’usage du domaine public routier (Article L2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques)
La non-perception de la redevance peut en outre caractériser le délit de concussion (article 432-10 du code pénal) passible de cinq ans d’emprisonnement et d’une amende de 500 000 €.
Les associations, qui disposent d’une autorisation pour occuper le domaine public, doivent donc en principe s’acquitter du paiement d’une redevance dont le montant, fût-il symbolique, doit être fixé par le conseil municipal.
Les dérogations
Le législateur a cependant prévu plusieurs dérogations dont deux concernent les associations. L’une est générale et propre à certaines associations, l’autre est plus spécifique et s’applique aux acteurs publics ou privés qui participent au développement de la nature en ville
[1] :
- l’autorisation d’occupation ou d’utilisation du domaine public peut être délivrée gratuitement aux associations à but non lucratif qui concourent à la satisfaction d’un intérêt général (article L2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques) ;
- l’organe délibérant de la commune peut décider par délibération de délivrer à titre gratuit les autorisations d’occupation temporaire du domaine public communal, lorsqu’elles sont sollicitées au bénéfice de personnes morales de droit public ou de personnes privées qui participent au développement de la nature en ville et répondent à un objectif d’intérêt public en installant et entretenant des dispositifs de végétalisation (article L2125-1-1 du code général de la propriété des personnes publiques).
La nouveauté
La loi du 15 avril 2024 étend désormais la possibilité de gratuité à toutes les associations, quel que soit leur objet. Un nouvel article L. 2125-1-2 est à cet effet intégré dans le code général de la propriété des personnes publiques :
Art. L. 2125-1-2. - Par dérogation aux articles L. 2125-1 et L. 2125-1-1, l’organe délibérant de la commune peut décider de délivrer à titre gratuit les autorisations d’occupation temporaire du domaine public communal sollicitées par une association régie par la
loi du 1er juillet 1901 relative au contrat d’association ou inscrite au registre des associations en application du code civil local applicable dans les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle. »
Il n’est donc plus nécessaire de se demander si l’association contribue à la satisfaction de l’intérêt général pour pouvoir lui accorder la gratuité d’occupation du domaine public.
Pour autant, il ne s’agit pour la collectivité que d’une faculté et non d’une obligation. Les collectivités restent bien entendu libres de demander le paiement d’une redevance.
Attention aux discriminations
Il est crucial de veiller au respect du principe d’égalité de traitement entre les associations pour prévenir toute forme de discrimination. Par exemple, le refus d’attribuer un créneau pour l’utilisation d’une salle à une association handisport a été considéré comme abusif. La municipalité invoquait un risque de dommages au revêtement causé par les fauteuils. Sauf que le gymnase accueillait déjà divers événements tout au long de l’année, y compris des activités non sportives comme des bals, la fête du village ou le marché de Noël. Les photos fournies par l’association démontraient que lors de ces événements, des tables et chaises avec des pieds en métal étaient installées, et que la circulation de personnes en chaussures de ville, de poussettes ou de fauteuils roulants était autorisée. Ces éléments contredisent l’affirmation de la municipalité, qui plus est non appuyée par un règlement intérieur, selon laquelle le terrain nécessitait une protection spéciale et un accès limité et conditionnel (
Cour administrative d’appel de Bordeaux, 15 juillet 2016, N° 14BX03314).
Pas de droit acquis au renouvellement
Les titulaires d’autorisations ou de conventions d’occupation temporaire du domaine public ne disposent pas de droit acquis au renouvellement de leur titre. Il appartient au gestionnaire du domaine d’examiner chaque demande de renouvellement en appréciant les garanties qu’elle présente pour la meilleure utilisation possible du domaine public. Pour autant une collectivité ne peut refuser le renouvellement du bail qu’en invoquant, sous le contrôle du juge, un motif d’intérêt général. Pour déterminer si un tel motif existe, il y a lieu, de tenir compte, le cas échéant, parmi l’ensemble des éléments d’appréciation, des contraintes particulières qui pèsent sur l’activité de l’occupant, notamment de celles qui peuvent résulter du principe de continuité du service public. Le Conseil d’Etat (
Conseil d’État, 25 janvier 2017, N° 395314) a ainsi jugé qu’une commune ne disposait pas d’un motif d’intérêt général justifiant le refus du renouvellement du bail d’un immeuble du domaine public à une association départementale des pupilles de l’enseignement public pour les besoins d’un centre éducatif renforcé accueillant des jeunes gens relevant de la protection judiciaire de la jeunesse.